Ce Samedi, j'ai fait une erreur.
Un frère avait répondu à une de nos publications. Il annonçait une fête Gede et une cérémonie en mémoire d'un
ancien. Des mots simples, chaleureux : « Nap tann tout moun. » Exactement le genre de message qu'on espère quand on
construit quelque chose pour les autres.
Je lui ai répondu. Puis, en voulant corriger ma réponse, j'ai tout effacé — son message et le mien. Facebook ne rend
rien. Le fil avait disparu.
La première pensée qui vient, dans ces moments-là, tout le monde la connaît : j'ai tout gâché.
Ce n'est pas celle qui m'est venue. Depuis toujours, quoi qu'il m'arrive, une phrase se lève en moi :
« Genyen yon rezon pou sa. » Il y a une raison à cela.
Ce que l'erreur m'a donné
Alors j'ai cherché la raison. Et je l'ai trouvée vite.
Si je n'avais rien effacé, j'aurais laissé une petite réponse sous une publication, perdue parmi d'autres. L'erreur
m'a donné une raison d'aller plus loin : écrire à ce frère directement, sur sa propre page, avec son nom. Lui dire la
vérité — « j'ai effacé ton message par erreur, pardonne-moi » — et l'inviter personnellement.
Une heure plus tard, il avait aimé mon message. Le lien entre nous était plus chaud qu'avant l'erreur.
Ce qu'en dit la science
Par curiosité, j'ai demandé comment la science nomme ce qui s'était passé. Elle a des mots pour cela.
Les spécialistes du service à la clientèle parlent d'un paradoxe : une personne dont le problème a été bien
réparé devient souvent plus fidèle que celle qui n'a jamais eu de problème.
Les psychologues parlent de réévaluation : changer le sens qu'on donne à un événement avant qu'il ne nous change.
Et il y a dix-huit siècles, l'empereur philosophe Marc Aurèle écrivait déjà : ce qui fait obstacle à l'action
devient le chemin de l'action.
La science décrit bien la réponse. Elle se tait sur une seule question : la raison était-elle déjà dans
l'événement, ou l'avons-nous créée en la cherchant ?
Mon credo
Pour moi, la question est tranchée depuis longtemps :
Il n'y a pas de hasard. Tout bagay genyen rezon yo, paske te genyen yon kòz.
Ce n'est pas une formule pour se consoler. C'est une manière de se tenir dans la vie. Être un avec soi-même et avec
ce qui nous entoure. Écouter à la fois ce qu'on ressent et ce qu'on pense. Dans ma langue, cela s'appelle
l'harmonie spirituelle.
Et voici ce que j'ai appris samedi : que la raison ait attendu dans l'événement ou que je l'aie fait naître en la
cherchant, le résultat est le même. Celui qui cherche la raison trouve la meilleure action. Celui qui se lamente
ne trouve rien.
La prochaine fois que quelque chose vous arrive — une erreur, une porte fermée, une perte — avant de dire « j'ai
tout gâché », essayez de dire : « Genyen yon rezon pou sa. »
Puis cherchez-la.
Réginald Bailly