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Un « j'aime » n'est pas une personne

2026-10-08 · Analyses
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Un « j'aime » n'est pas une personne

Un « j'aime » n'est pas une personne
Nous avons tous vu cette scène.

Vous publiez quelque chose de sérieux : une idée qui vous a coûté des nuits, un projet pour votre communauté, un appel à se rassembler. Puis vous attendez. Rien. Quelques pouces, deux commentaires, parfois une moquerie. Le lendemain, quelqu'un publie une bêtise — une querelle, une rumeur, une photo sans importance — et la foule accourt. Des centaines de réactions. Des débats jusqu'au soir.

La question n'est pas de savoir si c'est injuste. La question est : que nous apprend cette scène ?

Le chiffre qui rassure
Nous avons appris à compter nos abonnés comme on compte des personnes. Dix mille abonnés. Cinq cents « j'aime ». Trois cents partages. Ces chiffres rassurent. On se couche tranquille : on n'est pas seul, on est suivi, on compte.

Mais regardez ce qu'un « j'aime » coûte à celui qui le donne. Un pouce. Une seconde. Aucun effort, aucun risque, aucun nom engagé. On peut aimer votre publication le matin et celle de votre adversaire à midi, sans se contredire, sans même s'en souvenir.

Ce qui ne coûte rien ne prouve rien.

La foule ne ment pas : elle vous renseigne
On accuse volontiers la foule. Elle serait légère, ingrate, incapable de reconnaître ce qui compte. C'est se tromper de cible.

La foule ne ment pas. Elle dit exactement ce qu'elle est venue chercher : le spectacle, la querelle, le rire, la distraction d'une journée difficile. Dans un pays éprouvé comme le nôtre, qui pourrait le lui reprocher ?

Le silence devant votre publication sérieuse n'est donc pas l'échec de votre message. C'est une information sur votre public. Il vous dit : la plupart de ceux qui vous suivent ne sont pas venus pour ce que vous avez de plus important à dire.

Votre audience n'est pas votre peuple. C'est une salle de passage.

Le piège du dirigeant
Le danger n'est pas d'avoir peu de monde. Le danger, c'est de croire qu'on en a beaucoup.

Le dirigeant qui confond audience et adhésion prend ses décisions sur des chiffres faux. Il annonce. Il promet. Il se lance — dans une campagne, une assemblée, une collecte — porté par le bruit de ses réseaux. Et le jour où il demande un acte, un seul, la salle est vide. Il ne comprend pas. Ils étaient pourtant si nombreux à applaudir.

Je l'ai vécu moi-même, autrement. Pendant douze ans, j'ai été le Président national de ZANTRAY. Quand j'ai remis ma démission — il était temps de passer le flambeau à quelqu'un d'autre — et que j'ai commencé à consacrer plus de temps à ma famille, j'ai vu l'intérêt de beaucoup de membres diminuer. Ce n'était pas une trahison. C'était une leçon : une partie de ceux qui me suivaient suivaient la fonction, pas la personne.

Alors, qui est vraiment avec vous ?
Si vous êtes honnête, vous ne le savez pas encore.

La semaine prochaine : ils aiment vous entendre. Cela ne veut pas dire qu'ils voteront pour vous.

Réginald Bailly

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