Dans mon premier texte, j'écrivais qu'un « j'aime » n'est pas une personne. Allons plus loin.
Un dirigeant prend la parole. En direct, ou dans une salle pleine. On applaudit, on partage, on écrit « Nou avè w ! ».
Les jours passent dans cette chaleur. Puis vient le jour de vérité : le vote, l'assemblée, l'appel à l'aide. Et les
chiffres ne correspondent plus.
Entre l'applaudissement et le jour de vérité, il y a un gouffre. Beaucoup de dirigeants y tombent.
Écouter est gratuit. Agir coûte.
Écouter ne coûte rien. Aimer une publication ne coûte rien. Même acclamer ne coûte presque rien : quelques mots, un
cri, un moment.
Voter coûte. Payer coûte. Venir coûte. Donner son temps coûte. Porter un message en y mettant son propre nom coûte —
du temps, de l'argent, parfois du risque, toujours un peu de réputation.
L'attention est un cadeau gratuit. L'engagement est une dépense. Et les gens ne dépensent que pour ce qu'ils croient
vraiment.
Un cas réel
J'ai connu un dirigeant de bonne foi, à la tête d'une organisation respectée. Des dizaines de milliers de personnes
le suivaient. Pendant une année entière, il a lancé des appels publics pour rassembler des gens autour de son projet.
Personne n'est venu.
Il ne manquait pas de public. Il ne manquait pas de sincérité. Il lui manquait une seule chose : un moyen de savoir,
tôt, qui allait vraiment agir. Il comptait ceux qui l'écoutaient. Il n'avait jamais compté ceux qui avaient fait un
premier pas.
Il ne lui manquait pas de public. Il lui manquait la preuve.
Seul un acte dit la vérité
Le vote est l'acte le plus pur qui soit : secret, personnel, définitif. Personne ne peut l'aimer à votre place. Personne
ne peut le partager pour vous.
Avant le jour du vote, le dirigeant mesure du bruit. Le jour du vote, il découvre les actes. Et il est trop tard.
Je l'ai appris moi-même. J'ai soutenu, et investi dans, la candidature au Sénat, dans l'Artibonite, d'un membre du Conseil national de ZANTRAY — une personnalité influente parmi nous. Le jour où il a annoncé sa candidature, tous les membres de ZANTRAY ont applaudi. Belle campagne ; un peu d'argent est venu. Le jour du vote, il est arrivé en cinquième position. La majorité de nos membres n'avaient pas fait le pas de plus : se déplacer et voter. Ce fut ma première leçon de dirigeant : j'avais fait confiance aux membres de ZANTRAY pour aller voter.
Le dirigeant avisé n'attend pas le jour de vérité. Il fait le test avant. Il demande de petits actes, tôt, et il
regarde qui les fait. Une signature. Une présence. Un nom donné. Une petite contribution. Ceux-là lui disent la vérité bien avant le jour du vote.
Le jour du vote, la salle de passage se vide. Il ne reste que ceux qui agissent.
Alors
Ne mesurez plus l'applaudissement. Mesurez l'acte.
La semaine prochaine : bâtir avec ceux qui agissent — et pourquoi le petit nombre est votre fondation, pas votre échec.
Réginald Bailly