Pendant plus de dix ans, on a enseigné aux Haïtiens que Papa Doc ne pouvait pas mourir.
Il s'habillait de noir, parlait lentement, souriait rarement. Des rumeurs couraient dans Port-au-Prince : les balles ne pouvaient pas le transpercer, ses ennemis tombaient malades du seul fait d'être nommés. Le régime n'a jamais démenti ces histoires. Il les a encouragées. Dans un pays où le folklore et l'histoire se mêlent, le mythe était devenu une arme plus efficace qu'une armée.
Et pourtant, derrière les murs du Palais national, le corps qui portait ce mythe était en train de céder.
C'est ce paradoxe qui m'a donné envie d'écrire ce livre : un homme présenté comme éternel, qui mourait lentement, en secret, pendant que tout un pays retenait son souffle.
En avril 1971, j'avais vingt ans. J'étais étudiant à New York. C'est un autre Haïtien, qui habitait le même immeuble que moi, qui m'a appris la nouvelle. Je me souviens de son excitation autour de moi. Moi, je n'étais pas politiquement préparé à un tel événement.
Il m’a fallu des années pour comprendre ce que j’avais vécu ce jour-là. Ce livre est aussi cette compréhension.
Une histoire vérifiée, pas une histoire racontée
Sur Duvalier, on a beaucoup écrit, et encore plus raconté. Le problème, en Haïti, n'est pas le manque d'histoires.
C'est le mélange : le vrai, le probable, la rumeur et la propagande servis dans la même assiette.
J'ai voulu faire autrement. Ce livre est un récit non fictionnel vérifié. Chaque affirmation renvoie à une source, et le degré de confiance que permettent les documents est imprimé à côté : ÉLEVÉE, MOYENNE, FAIBLE ou CONTESTÉE. Quand les sources se contredisent, les deux versions figurent. Quand le dossier se tait, le livre le dit, au lieu d'inventer. Aucune citation n'est inventée. Aucun dialogue n'est imaginé. Chaque chapitre se termine par ses sources.
Ce n'est pas un détail de méthode. Dans un pays qui a été gouverné par la rumeur, refuser la rumeur est déjà une prise de position.
Ce que vous trouverez dans ces pages
Vingt chapitres, qui suivent la fin d'un règne comme on suit une maladie.
D'abord l'illusion : la construction minutieuse de Papa Doc, le médecin devenu l'incarnation de l'État. Puis le corps : le diabète de longue date, la maladie de cœur, le Palais transformé en chambre de malade, un dictateur qui se méfiait de ses propres médecins.
Ensuite la peur : la paranoïa qui monte au Palais, les ennemis partout, les Tontons Macoutes dans les dernières années du régime. Puis la mécanique : la Constitution réécrite, l'idée d'une dynastie, le choix de Jean-Claude, le référendum de façade, les calculs silencieux de l'armée, la position de l'Église.
Enfin avril 1971 : Port-au-Prince dans l'attente, le corps qui cède, la mort au Palais national, l'annonce à la nation, et un adolescent de dix-neuf ans qui devient président à vie.
Le dernier chapitre pose la question qui m'importe le plus : ce que Papa Doc a laissé derrière lui.
Pourquoi ce livre parle d'aujourd'hui
On a promis à Haïti que Papa Doc était éternel. L'homme est mort, comme meurent tous les corps. Mais la machine qu'il avait construite a continué de tourner quinze années de plus, et une partie de ce qu'elle a laissé n'a jamais disparu.
Quand on regarde aujourd'hui des groupes armés fidèles à des personnes et à des réseaux plutôt qu'à l'État, des forces qui répondent à celui qui les paie plutôt qu'à la loi, on ne lit pas seulement l'actualité. On lit une histoire qui a des racines. Ce livre ne prétend pas tout expliquer. Il montre, sources à l'appui, d'où viennent certaines de nos blessures.
Comprendre la fin de Duvalier, c'est mieux comprendre ce que nous vivons.
Une série
Ce livre ouvre la deuxième saison de la série « Haiti Changed the World » : l'histoire haïtienne vérifiée, un événement à la fois. Il existe en français et en anglais.
Lisez d'abord, décidez ensuite
Je ne vous demande pas de me croire sur parole. Lisez le premier chapitre, il est offert :
👉 Premier chapitre gratuit (français) :
reginald-bailly.bvn.app/katalog/derniers-jours-francois-duvalier/ekstre
👉 Free first chapter (English):
reginald-bailly.bvn.app/katalog/last-days-francois-duvalier/ekstre
Si le chapitre vous parle, le livre complet est au même endroit : 1 500 gourdes (MonCash ou NatCash) en Haïti,
12 $ US depuis l'étranger (Remitly vers MonCash). Le livre vous est envoyé le jour même.
Et si vous le lisez, dites-moi ce que vous en pensez. Une phrase me suffit.
Réginald Bailly